Épuisement mental : pourquoi suis-je épuisé(e) alors que je continue à tenir?
Vous tenez encore, mais intérieurement tout devient plus lourd. Comprendre l'épuisement mental, l'anxiété et se qui se joue lorsque tenir finit par épuiser.
Nathalie Bloch
9/15/20268 min read


Épuisement mental : pourquoi je suis épuisé(e) alors que je continue à tenir ?
Il y a des fatigues qui ne se voient pas tout de suite.
Des fatigues qui ne font pas encore tomber, qui ne clouent pas au lit, qui ne disent pas immédiatement leur nom, et qui pourtant ont déjà commencé à défaire quelque chose à l’intérieur. On continue. On se lève, on répond, on travaille, on s’occupe des enfants, des rendez-vous, des courses, des papiers, de ce qu’il ne faut pas oublier. On tient sa place. On donne parfois même l’impression d’aller bien, parce que rien, dans l’apparence du quotidien, ne semble vraiment s’être effondré.
Et pourtant, quelque chose en soi n’est plus tout à fait là.
Comme si le corps avançait encore, mais sans élan. Comme si les gestes se faisaient, mais avec une sorte d’effort muet, une dépense intérieure que personne ne voit vraiment, parfois même pas soi.
L’épuisement mental commence souvent ainsi, non pas par l’arrêt, mais par cette étrange capacité à continuer alors que, déjà, une part de soi n’en peut plus.
On se dit que ce n’est pas grave, que tout le monde est fatigué, que cela passera après une bonne nuit, quelques jours plus calmes, un week-end, des vacances. Mais le repos ne rejoint plus vraiment le lieu de la fatigue. On dort, parfois, et l’on se réveille déjà chargé. On s’arrête un peu, mais à l’intérieur ça continue. Les pensées poursuivent leur travail d’inventaire, d’anticipation, de surveillance.
Rien ne se dépose vraiment.
Alors une question finit par apparaître, souvent avec honte, parfois avec inquiétude. Pourquoi suis-je si épuisé(e), alors que je continue encore à tenir ?
Quand tenir devient une manière de s’éloigner de soi
Certaines personnes ont appris très tôt à tenir.
Tenir parce qu’il fallait, parce qu’il n’y avait pas beaucoup de place pour flancher, parce que d’autres avaient besoin d’elles, parce que la fragilité des autres passait avant la leur, parce que s’arrêter aurait semblé égoïste, dangereux, ou simplement impossible.
Avec le temps, tenir devient presque une identité. On devient celle ou celui qui gère, qui comprend, qui anticipe, qui encaisse, qui ne fait pas trop de bruit avec ses propres besoins. On devient fiable, solide, disponible, et cette solidité-là est parfois reconnue, admirée, demandée encore.
Mais il arrive que ce qui a permis de survivre finisse par épuiser.
Tenir n’est pas toujours être vivant. Tenir peut aussi devenir une manière de se tenir loin de soi, de repousser ce qui insiste, de ne pas entendre la fatigue, la colère, la tristesse, la lassitude, tout ce qui viendrait troubler l’image de celle ou celui qui assure.
On continue alors à répondre à la demande extérieure, mais quelque chose de la demande intérieure reste sans adresse. On ne sait plus très bien ce dont on a besoin, ce que l’on désire, ce qui nous ferait du bien. On sait seulement ce qu’il faut faire.
Et parfois, c’est là que l’épuisement s’installe, dans cette vie organisée autour du devoir de tenir, pendant que le sujet, lui, se retire doucement.
Quand le corps commence à parler
On parle de fatigue mentale, mais elle n’est jamais seulement mentale.
Elle descend dans le corps. Elle serre la nuque, tend les épaules, contracte le ventre, coupe le souffle, brouille la mémoire, rend les gestes plus lourds. Elle peut donner cette impression étrange de ne plus être complètement disponible à ce que l’on vit, comme si le corps était là, mais que la présence, elle, restait en arrière.
Il y a des personnes qui disent qu’elles n’arrivent plus à penser. D’autres qu’elles n’arrivent plus à récupérer. D’autres encore qu’elles ne se reconnaissent plus.
Ces phrases sont importantes. Elles disent quelque chose de plus profond qu’une simple fatigue. Elles disent une perte de rapport à soi. Elles disent que le corps commence à faire signe là où la parole, peut-être, a trop longtemps été retenue.
Dans l’épuisement psychique, le corps devient souvent le premier à ne plus mentir.
Là où l’on continue à se raconter que ça ira, que ce n’est pas le moment, que l’on n’a pas le choix, lui commence à refuser. Il ralentit, il se crispe, il oublie, il pleure parfois sans prévenir, il s’agace, il ne dort plus, ou dort sans se reposer.
Il vient introduire une limite là où, psychiquement, on ne parvient plus à la poser.
L’anxiété, ce bruit qui empêche le repos
Il y a souvent, dans l’épuisement mental, une anxiété de fond.
Pas forcément une grande crise d’angoisse visible. Parfois quelque chose de plus diffus, plus discret, plus installé. Une tension qui accompagne les journées, une impossibilité à être tout à fait tranquille, une vigilance intérieure qui ne se relâche jamais complètement.
On anticipe. On prévoit. On imagine ce qui pourrait arriver. On se repasse les conversations, les erreurs possibles, les choses oubliées, les réponses à donner, les problèmes à éviter. Même dans le silence, le mental continue son bruit.
Ce bruit-là épuise.
Il épuise parce qu’il empêche le repos de devenir réellement repos. Il épuise parce qu’il maintient le corps dans un état d’alerte, comme si quelque chose allait toujours arriver, comme si l’on devait être prêt à tout, tout le temps. Il épuise aussi parce que la pensée n’est plus un lieu où l’on peut rêver, associer, respirer, mais un lieu de contrôle.
Or un sujet ne peut pas vivre indéfiniment sous contrôle.
Il peut fonctionner, oui. Il peut tenir, parfois longtemps. Mais à force de se surveiller, de se corriger, de prévenir les débordements, d’essayer d’être à la hauteur de tout, il finit par perdre le contact avec une part plus libre de lui-même.
L’anxiété ne fatigue pas seulement parce qu’elle inquiète. Elle fatigue parce qu’elle empêche d’habiter le présent.
Avant le burn-out, il y a souvent une longue traversée
On imagine souvent le burn-out comme une rupture nette. Un matin où le corps ne répond plus, où la personne ne peut plus se lever, où quelque chose s’effondre enfin de façon visible.
Mais avant cette chute, il y a parfois une longue traversée silencieuse.
Une période où l’on continue à faire, mais en se coupant progressivement de ce que l’on ressent. On devient plus efficace que vivant. Plus adapté que présent. Plus capable de répondre que capable de sentir ce que cela coûte.
Le burn-out ne concerne pas seulement la quantité de travail. Bien sûr, il peut naître d’une surcharge professionnelle, d’un stress chronique, d’une pression excessive, d’un manque de reconnaissance, d’un environnement qui use. Mais il touche aussi à la manière dont une personne s’est engagée dans ce qu’elle fait, parfois avec tout son être, parfois avec une exigence très profonde de bien faire, de ne pas décevoir, de tenir sa place coûte que coûte.
Il y a dans certains épuisements une fidélité terrible à ce que l’on croit devoir être.
Être à la hauteur. Être utile. Être forte. Être fiable. Être celle ou celui qui ne lâche pas. Et c’est précisément cette fidélité-là, lorsqu’elle devient sans limite, qui peut conduire à se perdre.
L’épuisement professionnel, l’épuisement émotionnel, la fatigue psychologique ne disent pas seulement qu’il y en a trop. Ils disent parfois qu’il n’y a plus assez de place pour exister autrement que dans ce que l’on porte.
Ce que l’épuisement vient parfois révéler
Dans le travail thérapeutique, l’épuisement apparaît rarement comme un simple manque d’énergie.
Il vient souvent ouvrir une question plus profonde. Depuis quand est-ce que je tiens comme cela ? Pour qui ? À la place de quoi ? Qu’est-ce que je continue à porter parce que je ne sais pas encore comment faire autrement ?
L’épuisement mental peut être une alerte, mais aussi un passage. Non pas un passage agréable, évidemment, mais un moment où l’ancien mode de fonctionnement ne peut plus continuer sans se payer trop cher.
Quelque chose demande à être entendu.
Peut-être une tristesse longtemps contenue. Une colère jamais vraiment autorisée. Un besoin de repos devenu presque honteux. Un désir resté en retrait. Une limite jamais posée. Parfois même, une part de soi qui a été si longtemps adaptée aux autres qu’elle ne sait plus très bien où elle se trouve.
Ce n’est pas toujours spectaculaire. C’est parfois beaucoup plus simple, et beaucoup plus bouleversant. Découvrir que l’on ne peut plus vivre seulement en répondant à ce qui est attendu.
Découvrir qu’il faut revenir vers soi, non pas dans une logique de performance ou de développement personnel, mais parce que quelque chose du sujet réclame une place.
Quand la parole a besoin du corps et du dehors
Il y a des moments où parler aide, et il y a des moments où parler, seul, reste trop pris dans la tête.
On explique, on comprend, on analyse parfois très finement, mais le corps, lui, reste contracté, épuisé, en retrait. La parole tourne autour de ce qui fait souffrir sans parvenir à le déplacer. Elle sait dire, mais elle ne parvient pas toujours à transformer.
C’est là que le travail avec le corps, la marche, le dehors, peut ouvrir autre chose.
Dans l’écothérapie, telle que je la pratique, il ne s’agit pas d’aller prendre l’air comme on donnerait un conseil trop simple à quelqu’un qui va mal. Il ne s’agit pas non plus de faire de la nature une réponse magique à la souffrance psychique. Il s’agit plutôt de permettre au sujet de retrouver un autre appui que la seule pensée qui tourne.
Marcher remet du rythme. Le sol rappelle qu’il y a un dessous. Le souffle reprend une place. Le regard peut quitter un instant le face-à-face avec soi-même. Le silence n’est plus vide, il est traversé par les bruits, les matières, la lumière, les saisons.
Et parfois, parce que le corps est autrement engagé, la parole vient autrement elle aussi.
Moins défendue. Moins serrée. Moins obligée de tout expliquer. Quelque chose se dit au détour d’un chemin, dans un ralentissement, dans une sensation, dans une image qui surgit du paysage.
Le dehors ne remplace pas le travail thérapeutique. Il peut devenir un co-appui, un lieu où le vivant vient soutenir ce qui, en soi, s’était rétréci.
Consulter avant de tomber
Il n’est pas nécessaire d’attendre l’effondrement pour consulter.
C’est même peut-être l’un des points essentiels. Pouvoir venir avant que le corps soit obligé de crier trop fort. Venir lorsque l’on sent que l’on tient encore, mais que tenir est devenu une dépense immense. Venir lorsque l’on ne récupère plus, lorsque l’on devient étranger à soi-même, lorsque l’on pleure pour peu de chose, lorsque l’on s’agace de tout, lorsque l’on n’arrive plus à retrouver cet endroit intérieur depuis lequel la vie semble possible.
Un accompagnement thérapeutique ne vise pas à vous rendre plus performant dans votre capacité à tenir. Il ne s’agit pas d’apprendre à supporter davantage, à mieux gérer, à mieux fonctionner malgré tout.
Il s’agit plutôt d’entendre ce qui s’épuise. De comprendre ce qui se répète. De reconnaître les endroits où vous avez trop porté, trop répondu, trop contenu, parfois depuis très longtemps. Et de chercher, peu à peu, ce qui pourrait se desserrer.
Parfois ce travail se fait en cabinet, dans le calme d’un espace où la parole peut se déposer. Parfois il se fait en visio, lorsque la distance ou le quotidien le nécessitent. Parfois il peut se faire dehors, en marchant, lorsque le corps a besoin d’être remis dans le mouvement du vivant pour que la pensée, elle aussi, retrouve un passage.
J’accompagne en cabinet à Seppois-le-Haut, dans le Sundgau, près d’Altkirch, Saint-Louis, Mulhouse et Belfort, ainsi qu’en visio, les personnes qui traversent une période d’épuisement mental, de fatigue psychologique, d’anxiété, de burn-out ou de perte de repères.
Parce qu’il y a des moments où continuer ne suffit plus.
Et où il devient nécessaire de retrouver, doucement, un lieu en soi depuis lequel il soit encore possible de vivre, et pas seulement de tenir.
Le cabinet
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Nathalie Bloch
Psychopraticienne Psychanalyse & Écothérapie
